La France a une particularité culturelle intéressante liée à la position de sa capitale : Paris est au centre de tout. Il parait que cela fait 4 siècles que ça dure et que ça n'est pas prêt de s'arrêter. Je ne vais pas ici faire un énième édito sur les avantages ou les inconvénients de la métropolisation économico-politico-culturelle française, mais plutôt vous raconter un effet que je trouve intéressant sur la psychologie des français.

Cet effet se résume ainsi : les provinciaux raisonnent de manière continue alors que les parisiens ont un esprit discret (au sens de discontinu). Par « parisien », j'entends quelqu'un habitant depuis plusieurs années dans Paris, temps nécessaire suffisant pour qu'il se soit adapté.

Cette constatation a pris jour dans mon esprit suite au changement de signalétique dans le « pôle RER » de Châtelet-les-Halles (une des plus grosses station de métro de Paris) : la simple mention des points cardinaux à coté de la direction des lignes.

 Ligne (A) : Ouest -- Cergy

Mes amis parisiens ont été unanimes à propos de ce changement : « ça ne sert à rien » alors que nombre de provinciaux on fait part de leur satisfaction. En effet, si vous demandez à un parisien où se trouve la gare de l'Est dans paris, il y a de forte chance qu'il vous réponde « dans le 10e », là où un provincial vous gratifiera d'un « ben, à l'est » narquois. De la même manière, un parisien n'habite pas « au sud-est de Paris », il habite « entre Bastille et Nation », alors qu'un provincial habite « au nord-est d'Angers » et pas « entre Pellouailles-les-Vignes et Écouflant ».

Autre différence notable : la perception de l'espace-temps. Un parisien demandera si votre rendez-vous est loin et s'attendra à ce que vous lui répondiez « 4-5 stations, mais il y a un changement », alors qu'un provincial ne saura de quoi il retourne que si vous lui dites « environ 15 minutes ». S'il doit sortir du réseau de métro, le parisien raisonnera en kilomètres, ce qui laissera le provincial dubitatif, surtout s'il connaît les bouchons parisiens. Ainsi, il sera difficile pour un parisien habitant le quartiers de Montparnasse d'envisager de prendre le train pour aller à Épernon (80 km), alors qu'il ne verra pas trop d'inconvénient à aller à la Villette (9 km), ce qui pourra attrister le provincial, pour qui ces deux trajets font 40 minutes en transports en communs.

Je tiens à préciser que ces deux types de raisonnements sont le fruit d'une adaptation à l'environnement : les attendus provinciaux ne seraient pas adaptés à Paris, tout comme le comportement parisien ne serait pas efficace en province. Par exemple, le provincial comme le parisien aime avoir la liberté de pouvoir rentrer de soirée quand il le souhaite, mais ce simple souhait produit des a priori diamétralement opposés. Un parisien sera réticent à aller passer une soirée en province, car il sait que cela va être pénible de ne pas rater le dernier train et que l'avant-dernier passe une heure plus tôt. De la même façon, le provincial trouve pénible de sortir sur Paris, car y trouver une place de parking est très difficile ou coûte cher. Autre exemple : si un parisien ne vous invite pas chez lui mais toujours dans un bar, c'est parce qu'il n'a simplement pas la place de vous héberger, vous et ses amis. Et si un provincial ne vient jamais boire un coup avec vous, c'est parce qu'il ne peut pas organiser un voyage de deux heures (aller-retour) au dernier moment.

La victoire (toute relative) de l'esprit provincial à Châtelet-les-Halles illustre cette petite différence et met en avant le fait que le cerveau humain est extrêmement capable d'apprendre des modèles généraux et à les appliquer partout où il peut. L'esprit parisien raisonne en terme de lieux relativement séparés alors que l'esprit provincial manipule des directions et des temps plutôt continus.

Garder cette différence à l'esprit peut vous aider à éviter de tomber trop facilement dans les stéréotypes faciles, alors ne vous en privez pas.